Mardi 14 février 2012 2 14 /02 /Fév /2012 17:15

Mes jambes flageolent. Mon estomac tourbillonne. Je viens de dépasser le panneau "risque d'électrocution" sur le pont entre Stalingrad et La Chapelle.

Un coup de foudre de Saint-Valentin, en sorte.

 

Je fredonnais Mike Brant, baignée du souvenir de Lacombe Lucien posant gentiment son collet dans l'herbe trop verte.  Mon alto aguerrie s'accordait pour chanter la tierce.

 

Un regard me transperce. Je n'ai pas le temps de reconnaître un avertissement. Le contenu de la bouche sous le regard me gicle au visage.

Une demi-seconde.

 

Nous hurlons un gros "connard" de concert. Un mètre nous sépare déjà du cracheur. Mais les mots doux semblent le toucher. Il se retourne en un éclair, balance un bras droit de lanceur de poids, pour mieux donner de l'élan au sac qu'il tient dans la main gauche. Il se fige et se ravise aussi brusquement qu'il avait commencé.

 

Une demi-seconde.

J'ai l'impression de me réveiller, propulsée trois mètres plus loin, les mains sur la tête. Léa sort de son hébétement , électrisée près du panneau. Je n'avais même pas remarqué le tas d'hommes qui a vu sans bouger. Il ne s'est donc rien passé.

 

Au bout de combien de crachats, de mains au cul, de "elles sont mignonnes les petites fleurs, et les fleurs faut leur parler sinon elles fanent" et de "ça va, c'est pas grave", serai-je capable d'appliquer la techniques des petits poings?

 

 

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Par Caperucita in the mood
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Vendredi 10 février 2012 5 10 /02 /Fév /2012 20:32

 

 

 

 

102 Doudouville. Ca faisait longtemps.

Entre un blondinet avec une épée rose. C'est un habitué. Agé de huit ans tout au plus, il claque la bise au patron, lui raconte sa journée d'école, puis fait la tournée des joues des trois clients restants. Il exhibe une main droite mercurohromée qu'il nous faut embrasser également, avec toute la ferveur du bisou magique." Papa", s'enthousiasme-t-il vers la porte.
Un visage joufflu bien connu fait son apparition : Besancenot est dans la place. Olivier, comme si de rien n'était.
Nous discutons DGH et heure syndicale. Il jette un oeil.
Nous étions sur le point de revenir à la polaire à poils longs et aux vacances bivouac, quand une copine appelle pour proposer d'aller "differ dimanche matin à Aulnay avec les ouvriers de PSA". Inespéré.
Pendant que nous devisons maintenant sur un marteau et une faucille en sucre glace et sur la fermeture de l'usine en 2014, le blondinet voudrait un orangina. "Papa, ste plaît, ste plaît, ste plaît, ste plaît, ste plaît." On avait dit un jus, c'est mieux un jus. "Allez, ste plaît, ste plaît, ste plaît, ste plaît." Il est déjà derrière le comptoir pour choisir une paille assortie à son épée et faire sauter le bouchon derrière les mojitos. Il veut montrer l'auto-portrait de son amoureuse. "Le portrait, explique Papa. Un auto-portrait est un portrait qu'on fait de soi-même." Coup d'oeil encore.
Tracts et Trotskisme de notre part.
Un silence.
Il est l'heure de se lever, de se croiser. Lui ne paie pas, nous oui. On reviendra.
Par Caperucita in the mood
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Mardi 7 février 2012 2 07 /02 /Fév /2012 18:47

 

 

 

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Le paon 

En faisant la roue, cet oiseau,

Dont le pennage traîne à terre,

Apparaît encore plus beau.

Mais se découvre le derrière.

 

Le dromadaire 

Avec ses quatre dromadaires,

Don Pedro d'Alfaroubeira

Courut le monde et l'admira.

Il fit ce que je voudrais faire si j'avais quatre dromadaires.

 

Apollinaire.

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Par Caperucita in the mood
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Samedi 4 février 2012 6 04 /02 /Fév /2012 20:23

Tango : "endroit où le négrier parquait les esclaves avant l'embarquement". Danse d'improvisation,  où les deux partenaires marchent ensemble vers une direction impromptue à chaque instant. Un partenaire (traditionnellement l'homme) guide l'autre, qui suit en laissant aller naturellement son poids dans la marche, sans chercher à deviner les pas.

 

 

 

 

Depuis le couloir glacial, j'entends une discussion téléphonique animée, un ton définitif que je ne connais pas.

"Tout le temps. Tu ne te rends pas compte à quel point ça peut blesser. Toi aussi, tu lui faisais des remarques sur son physique? En rigolant, bien sûr? Et tu lui disais qu'elle n'avait pas d'humour! Est-ce que tu la reprenais sur ses mots, son vocabulaire? Rabaisser l'autre pour se valoriser, c'est exactement ça... Mais oui, il me reprend sans arrêt sur ma façon de m'habiller, sur le fait que je parle trop fort, de façon trop vulgaire, sur mes origines populaires..."

Elle fait les cents pas du canapé au radiateur, survoltée. Cela fait des semaines qu'elle essaie de comprendre,  de formuler pour s'en débarrasser. Aujourd'hui, presque par hasard, elle a tapé sur internet deux mots qui lui étaient venus quand elle était un peu ivre. De biens grands mots qui font doucement sourire, lever les yeux au ciel sans doute, penser à un petit chef qui malmène la secrétaire qu'il ne peut pas se faire, encore une recette de féministe en mal de revendication ou un gros titre de Psychologie magazine.

 

Là, c'est le déballage. Des témoignages à la pelle font écho :

"Il me disait régulièrement qu'il ne m'aimait pas, qu'il ne m'aimerait jamais."

"Il me reproche d'être drôle avec les autres, mais pas avec lui."

"Il m'appelle la grosse." "Dans la rue, il me montre les filles qu'il trouve bonnes, baisables." "Il trouve toutes mes amies moches. Il pense que cela me rassure de rester avec elles."

"Il me connaît mieux que personne. Il annonce mes paroles et mes gestes, ou les commente après-coup d'un "j'en étais sûr"."

"Il lève les yeux au ciel dès que j'ouvre la bouche, ou échange des petits sourires condescendants avec les gens qui sont là." "Il me reproche de ne pas prendre d'initiatives mais quand je lui propose quelque chose, ce n'est jamais le moment : Le restaurant? il n'a pas faim. Ce bar? il y est allé hier. Une expo? il n'a pas d'argent. Un ciné? Il préfère les dvd. Un dvd? ah non, il avait compris un autre titre, il est tellement déçu..."

"Il m'appelle "ma pauvre amie"."

"Il raconte un bon moment qu'on a vécu ensemble et ajoute "je ne sais plus avec qui j'étais".

"Il me rejette sexuellement. Il a toujours une bonne excuse : il est fatigué, il a trop bu...""Il me ment, à propos de son emploi du temps, des gens qu'il voit, tout en faisant en sorte que j'aie des soupçons."

"Il répète que je suis méchante." "Tout est ma faute, il m'avait bien prévenue de ne pas tomber amoureuse de lui!"

"Ses mots me font l'effet de coups de poignards." "Je me sentais transparente." 'J'avais l'impression d'être une enveloppe vide, avec des bris de verres dans le ventre." "J'ai commencé à avoir des maux de têtes." "J'avais des vertiges inexplicables : ma tête se mettait à tourner, j'avais la nausée et puis je m'effondrais." "Je ressens une fatigue terrible, je n'arrive plus à me concentrer sur rien."

 

Un livre orange de Marie-France Hirigoyen est corné toutes les trois pages. Une basque, me dis-je. Je l'ouvre : "chaque mot, chaque intonation, chaque allusion ont de l'importance. Tous les détails pris séparément, paraissent anodins, mais leur ensemble crée un processus destructeur."

"La rencontre avec un pervers narcissique peut être vécue dans un premier temps comme un stimulant pour sortir de la morosité mélancolique. [...] Cela commence comme un jeu, une joute intellectuelle. Il y a là un défi à relever : être ou ne pas être accepté comme partenaire par un personnage aussi exigeant."

"La victime idéale est une personne consciencieuse ayant une propension naturelle à se culpabiliser."  "Une personne généralement intelligente et pleine de vie". "C'est un objet interchangeable qui était là au mauvais moment et qui a eu le tort de se laisser séduire - et parfois celui d'être trop lucide."

"Les principales caractéristiques de ces personnalités narcissiques sont un sentiment de grandeur, un égocentrisme extrême, une absence totale d'empathie pour les autres, bien qu'ils soient avides d'obtenir admiration et approbation. Leurs propres sentiments connaissent de rapides flambées suivies de dispersion. Comme le Narcisse d'Ovide, ils doivent se construire en jeu de miroirs pour se donner l'illusion d'exister."

"La prise de pouvoir se fait par la parole. Donner l'impression de savoir mieux, de détenir une vérité, "la" vérité.Le discours du pervers est un discours totalisant qui énonce des propositions qui paraissent universellement vraies."

"La relation à l'autre se place dans le registre de la dépendance, attribuée à la victime, mais imposée par le pervers." "Souffler le chaud et le froid". "Manier la carotte et le bâton". "Semer la confusion."

 

Il ne lui plaisait pas tant que ça mais le temps était morose et puisqu'une occasion se présentait, pourquoi pas? Sans se prendre la tête, bien sûr. Mais très vite, elle s'était rendue compte que tout serait compliqué. Tant pis. Elle cherchait une expérience nouvelle.  Elle en avait assez de dominer. Elle voulait souffrir pour une fois, pour savoir ce que ça fait. Alors elle s'est entêtée. Elle a voulu le changer un peu, le sauver peut-être. C'est elle qui changeait et ne pouvait se sauver.  Elle maigrissait, s'habillait mieux, se poliçait, pâlissait, luttait, se fatiguait, faisait le point, réessayait, lui expliquait, mettait son manteau pour claquer la porte et restait là, prenait des résolutions qu'elle ne tenait pas, changeait la donne sans connaître les règles du jeu, renonçait, laissait passer, se justifiait, ne répliquait plus, perdait sa verve et son enthousiasme, son irrévérence et ses "bonnes idées", vacillait, tomba sur ces deux mots : harcèlement moral.

 

Le dernier chapitre, "conséquences et prise en charge", n'est pas surligné, ni corné.

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Par Caperucita in the mood
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Mercredi 1 février 2012 3 01 /02 /Fév /2012 00:00

Il suffit de quelques mots récurrents dans une même bouche pour forger une identité : des qu'on aime, des qu'on voudrait lancer, des qu'on pique et des qui piquent.

Je pense à quelqu'une qui dit : Malheur!, bordel de cul  et patin couffin, par exemple. Ou un autre qui prononce rarement "J'en ai ras le cul" mais toujours avec l'accent sur le "ras" annonçant une grosse tempête et des portes qui claquent. Un "bon sang de bouquin jaune" ou '"Ah c'que c'est!" qui ne seront plus jamais marmonnés par personne. Un "Jean-Marc" générique à la place de Machin ou Bidule. Impossible de mettre la main sur  ces mots volatils. Mais quand la cousine Berthe nous ressort sa vieille expression de derrière les fagots, on la sent croustiller parce qu'au fond, on l'attendait.

 

Je commence un inventaire de mon vivier :

la cousine Berthe - mais justement - cathartique - c'est à la fin de la foire qu'on compte les bouses - altruisme -  providentiel - trop subtile - un mot à plus de trois syllabes - funambule - pathétique - oups - j'ai hâte - futilité - truie - porridge - cases - les moyens plus - je suis fière de toi - c'est drôle - l'avoir dans le kouglof - banal - s'en tamponner le coquillard - si tu le dis - poisse -  putain - ridicule - gambette - sourire en gelée - t'es belle comme un pétard qu'attend plus qu'une allumette - ça pleut - esbrouffe - cucu - un QI de canard - le regard en diagonale - on - bacon prononcé [békeun] - blonde - dans l'Berry - dégoulinant - barbarisme - j'ai envie de lui rayer les dents sur le trottoir - au douzième degré - jouissif - l'ami - galocher

Par Caperucita in the mood
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