Samedi 7 avril 2012 6 07 /04 /Avr /2012 11:14
05/04/12, la Bellevilloise, Rocé pour les dix ans de son premier album "Top départ".
 
 
La Bellevilloise, c'est un "lieu parisien de culture, indépendant et multidisciplinaire, installé dans l’ancienne maison du peuple, [qui] dédie aujourd’hui plus de 2000m² à toutes les formes d’expressions et d’expérimentations". Autant dire que le peuple a déserté depuis longtemps, et que les mécaniciens qui voudraient danser sur les pas de leurs grand-pères ont intérêt à garder la moustache, le marcel et la gouaille, à condition d'avoir sur les mains un cambouis plus science po que science pot. Un bel endroit, où l'on jazz-brunch dans la halle aux oliviers avec des familles en salopette, où l'on lève la gambette avec des effeuilleuses burlesques, où l'on lève le bras dans le club, d'où l'on se fait sortir manu militari si par hasard on s'était senti assez à l'aise pour s'en griller une devant la scène.
 
Le rappeur a perdu de l'entrain et pris de l'embonpoint, c'est lui qui le souligne à gros traits. Il est content d'être là, devant un public éduqué acquis, il a réussi le pari du rap intelligent. Pourtant il semble avoir la nostalgie du bon vieux temps : "il y a dix ans, on faisait du hip-hop, vous vous rappelez?"
 
Dans la salle, on trouve une minorité de wesh en chemise, comme s'ils allaient en boîte, et des bobos en capuche, comme s'ils allaient dans une cave du 93, certes proprette.
"Au fait, il est de quelle banlieue?"
"Rocé à 20 euros, c'est chanmé!"
"Ils sont heureux d'apprécier, ça confirme qu'ils sont de gauche."
Vivement Kery James aux Bouffes du Nord.
Par Caperucita in the mood
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Mercredi 4 avril 2012 3 04 /04 /Avr /2012 17:42

 


 

 

7h42 : banderole posée : une toile cirée jaune soleil sur une grille de chantier grise, un matin froid. Pas trop près de l'entrée, nous a-t-on demandé, on pourrait penser que nous sommes encore en grève.

9h : Rappel du plan d'action. Vérification du matériel : poèmes, tracts, masques. L'excitation monte.

9h05 : le premier binôme, fébrile, revêt son masque de fête. La caméra rend l'âme.

9h10 : Répartition des affiches et des tracts. Petits sursauts de fierté des collégiens devant la pile des 200 affiches colorées, du fait-maison.

9h12 : Retour du binôme 1. Les premiers kidnappings poétiques se sont bien passés. "Par contre, ils ont rien compris!" Le binôme 2 prend la relève. La caméra relève la tête.

Chaque retour d'équipe s'accompagne de soupirs soulagés et de récits de faits d'armes.

9h20 : encore dans les temps. On passe à la prise d'otage de classes : celles-ci subiront une lecture rimée. Pour se donner du courage, on marmonne dans la barbe qu'on n'a pas encore : "Bonjour. Ceci est une prise d'otage. Personne ne bouge sous peine de poursuites poétiques. Bonjour. Ceci est une prise d'otage. Personne ne bouge sous peine de poursuites poétiques. Bonjour. Ceci est une prise d'ot...."

Le masque en serre-tête et les joues en feu : "Ils m'ont reconnu direct. Ils ont trop rigolé. Mais après ils étaient attentifs. On a fait comme on a dit."

9h40 : retour sur ces deux semaines d'engagement poétique clandestin. "Sur quelles compétences pensez-vous avoir travaillé?" "Euh, l'orthographe?"...

9h47 : tous aux fenêtres du premier étage. On ferme les rideaux. On remet le masque. On déroule la banderole. Les mégaphones sont prêts. On envoie la sirène.

Les quelques centaines de collégiens viennent se masser à nos pieds. Les mains qui vont lire tremblent de toutes leurs forces. Angoisse.

La banderole tombe. Les mégaphones cafouillent. Les avions papiers imprimés partent trop tôt. La foule ne comprend pas ce qui se passe et s'anime. Des projectiles nous atteignent. Quelques élèves frappent à la porte qu'on se dépêche de verrouiller. On résiste et balance en choeur l'ultime salve de Prévert : "Etranges étrangers Vous êtes de la ville Vous êtes de sa vie Même si mal en vivez  Même si vous en mourez."

On replie.

 

Le calme est revenu.

 

11h : tracts glissés sous les portes et affichage sauvage. Les murs décrépis, les grilles et les symboles d'autorité prennent des couleurs. Des mots à nous, cette fois, plein les couloirs et les fenêtres.

 

14h : il pleut sur nos affiches comme il pleut sur le collège, redevenu zone. "Voilà la poésie ce matin et pour la prose... Adieu adieu Apollinaire."

 

 

 

 

 

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Dimanche 1 avril 2012 7 01 /04 /Avr /2012 15:47

Rue des Orteaux, samedi 31 mars, 3h20

 

 

 

 

Il baisse la vitre :

"La Chapelle, Mademoiselle? Tout ce qu'il vous plaira."

Le chauffeur de taxi porte un costume. Un vieux joueur de banjo d'Alabama récemment arrivé in town, comme je l'imagine. Une voix grave et enrobante. Une sourire enjôleur sous un oeil paternel. Un léger accent africain dans un français si parfait qu'il en est désuet. Pas de fond musical insupportable, car le gentleman aime à converser.

 

Il m'offre une scène de film, et je suis de bonne composition ce soir, je brode avec lui.

 

"Demoiselle, il est un peu tôt pour rentrer, n'est-ce pas?

- Oui, c'est vrai. Je suis un peu lasse. (Regard dans le vague, je travaille mes expressions dans le rétroviseur)

- Que s'est-il passé? Racontez-moi tout.

- Il m'a quittée. (détachée)

- Pour une autre?

- Pour plusieurs autres. (petit rire désabusé)

- Quel goujat. Laisser un charmant minois comme ça. Qu'avez-vous fait?

- Je ne sais pas... (nostalgique)

- Jalouse peut-être? Trop exigeante? Collante?

- Est-ce que toutes vos clientes vous racontent leurs peines de coeur? (guillerette)

- Non, mais j'aime ça... Il reviendra.

- Je ne crois pas. Il doit vivre sa vie, et moi la mienne. (emphatique)

- Il reviendra.

- Nos routes se séparent, c'est tout. (philosophe)

Le sourcil remue, la fossette se creuse, il a une idée.

- Attendez, je ralentis. Que pensez-vous de celui-là?

- Non, trop apprêté.

- Et là-bas, à droite, près de l'abribus? Je trouve qu'il a la classe.

- J'hésite.

- Bon, je vois que ce ne sera pas pour ce soir. Je ne vous embête plus."

 

Un touriste se penche sur un clochard pour le photographier pendant qu'il dort.

"Ce n'est pas très bien ce qu'est en train de faire ce monsieur. Je lui mettrais bien mon poing sur la figure", dit-il avec la plus grande bonhommie.

 

"Vous êtes à bon port." La vitre s'abaisse à nouveau. "Ce fut un grand plaisir de vous conduire." 

 

Ainsi s'en fut l'homme qui conduisait les éconduites.

 

 

 

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Jeudi 29 mars 2012 4 29 /03 /Mars /2012 19:46

Alors que les beaux jours incitent à la consommation d'une bière fraîche en bas de chez soi, la préfecture de police a solennellement ordonné la fermeture du Xango. Un des rares bars alentours avec un semblant de mixité sociale, où l'on ne trouvait pas encore de parisiens déguisés. Boire une pinte en pantoufles sous l'oiseau esseulé qui essaimait son millet pour se faire remarquer. Quatre tables à tout casser, du mobilier recyclé mais pas poseur. Des portes de saloon qui claquaient en fond. De la musique éclectique, des boeufs souvent. L'abus de "rhum anti-sarko" serait-il motif de clôture? Amertume et mauvais oeil.

 

xango.jpg

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Mardi 27 mars 2012 2 27 /03 /Mars /2012 21:55

 

 

 

Haïku : 3 vers, 17 syllabes, 5/7/5 ou 4/8/5, effacement de l'égo, primauté de la sensation

 

Néon clignotant

Ketchup et moutarde en accord

Au décor rock

 

Des stores mi-clos

Des jonquilles sous luminaires

Et des bulles dans la bière.

 

Jazz en fond fond

Dans un reflet de vitre ronde

Le compte est bon, bon.

 

 

 

 

Dans la tête : deux lieux, deux objets et un goût

Dans le chapeau : les couleurs du catalogue peinture de castorama

Faites correspondre le chapeau et la tête. Placez le tout dans un petit texte de votre composition.

 

Moi, la philosophe et la synesthète

 

"C'est du sang-sationnel", dit le jeune homme à la coupe de cheveux complètement dingo-dingue, vert fougère de jalousie devant les propos incrédibles de son alter-ego ouf-ouf fille : "Tu crois qu'on peut lui demander un burger coupé en quatre, comme ça on fait tourner? Moi, j'adore le French Kiss, mais seulement quand le steak est bleu aqua. Ca me rappelle la prison, quand j'allais voir Jordan, après son vol de scooter devant le Little Italy. Il était toujours rouge tomette, en me racontant ses histoires de mitard, genre hammam. Il paraît qu'un type le menaçait régulièrement avec un vase marron-taupe pour qu'il lui joue de la guimbarde en portant un sari rose." "Non!". "Si!".

 

Par Caperucita in the mood
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