Vendredi 27 février 2009
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Dimanche 31 août
Peut-on vraiment fraterniser avec un peuple qui mange des mars frits?
Il est sans doute question de fraternité au Fringe Festival d'Edimbourg : haut les déambulateurs et les poussettes hurlantes de tous blancs pays, tanguons ensemble au son de ces hymnes locaux que
nous connaissons tous, trinquons à l'art populaire, une fois à lui, une fois à nous... Mais les Edimbourgeois semblent avoir pris le large ; un mois de vacances, tandis que leurs sous-fifres,
étudiants Erasmus en prolongation, pratiquent leur anglais en actionnant le tiroir-caisse. Seuls restent quelques hommes, punis sans doute, ou pour la survie de la communauté, en costumes
traditionnels que vous savez, vidant leurs joues enflammées dans leur instrument de torture, sans toutefois froisser les carreaux de leur jupe en tweed assorti.
A l'assaut de la colline châtelaine, on sort son programme de 288 pages de festivités, on tente d'y retrouver le nom du spectacle qu'on a acheté au pif à moitié prix, puis celui des 376 endroits
où il se produit, qu'il faut alors localiser sur la carte pour enfin mettre le parcours en pratique dans les 10 minutes qu'il reste. Des bras tentaculaires jettent en continu de jolis flyers que
personne ne lit. Des têtes attirent l'attention avec des masques, des chants ou une tronçonneuse, en sautant pour d'autres têtes en l'air, en s'allongeant pour les très terre-à-terre. La foule
élastique se tend vers le jongleur de feu, se rétracte devant les démonstrations d'arts martiaux, se concentre face au joueur de passe-passe, se détend vers l'enfant violoniste, s'émiette dans
les pubs, en ressort pour marcher plus rondement encore autour de la vieille ville.
Plusieurs stratégies se prêtent au choix d'un show. 1) Repérer parmi les 50 titres qui clignotent sur le panneau d'affichage un nom connu. Pirandello's Henri IV. Parfait. Sauf que des troupes de
fac côtoient les professionnels les plus reconnus. A l'évidence, je suis tombée sur le club théâtre d'Edimbourg 3. 2) Varier les plaisirs. Stand-up comedy, il est temps que je m'y mette. Prenons
le premier nom sympathique à partir de la lettre B : Beginner's guide to Happiness. Approprié sans doute. Mais une blague n'en vaut pas une autre. Et l'humour écossais n'est pas aussi
international que son festival. Heureusement, il y avait des blagues sur les femmes et les Gallois. 3) L'argent est toujours un critère. Les clowns sont toujours pauvres. Ces cinq-là étaient
tristes, fous, balourds, polyvalents, rebondissants et drôles, tout ce qu'on demande à des clowns quoi, en bien.
Je me rends compte combien je fais de beaux paragraphes équilibrés quand je voudrais écrire l'effervescence clownesque justement. Des rires hystériques, des éclats d'artifices, des nez rouges,
une musique qui chevauche maladroitement sa voisine, des larmes de crocodile, des accessoires hétéroclites infusent en moi un état caméléon. La première nuit goulûment goûtée imprime un vague
tourbillon aux jours suivants. Je suis seule dans le salon d'un restaurant abstrait, c'est son nom, je mange des chips à la citrouille en souriant gauchement au pianiste qui ne joue que pour moi,
qui baille de ne jouer que pour moi, mon verre gargantuesque ne désemplit pas, Jack s'est encore enlisé à Denver et ne parvient guère à m'attendrir, mon élégant Denis danse derrière le panneau
vitré et d'un régulier entrechat vient s'enquérir de moi, tout le monde me sourit poliment je suis sur le chemin des toilettes, puis dans l'appartement de deux espagnoles et un américain, dans un
taxi, dans une soirée avec une australienne, une irlandaise du Nord, un basque qui vit à Toulouse, une flopée de madrilènes et des tubes intemporels, je cligne de l'œil, je trinque, je suis, je
retrouve Denis douze heures plus tard. C'est le début d'une deuxième journée. J'ai vu Gok Wan, le fumeux présentateur de « How to look good naked », un ado gothique enlever ses lunettes avant de
secouer sa tête sans cheveux sur les Sex Pistols, Elvis soulever les foules dans un club fashion, le sosie de Kate Winslet, des églises transformées en bars, Rasta Rocket au petit déj comme au
bon vieux temps. J'aime toujours autant ronfler avec toi, cousin.