Jeudi 6 octobre 2011 4 06 /10 /Oct /2011 22:12

Le nouveau magasin d'écriture. Atelier 1. www.zulma.fr/atelier-ecriture.html Expérience d'écriture presque aléatoire.

 

Elle attendait on ne sait quoi, patiente, gentiment résignée, lisant des histoires de camions frigorifiques renversés et d'enlèvement de chats, tout en gardant un oeil sur le spectacle de la rue déserte. Un chemin sinueux montait vers une grande maison bourgeoise, d'où roulait parfois une balle de tennis que personne ne venait jamais chercher.Rien à faire. Seule l'avancée de la dentelle sur ses genoux marquait l'avancée du temps. Quand sa chair lui semblait un peu trop rôtie par la cheminée nébuleuse, elle changeait de côté. Funambule du néant. Ne pas se faire aspirer. Se nourrir de maigres hallucinations sans folie. Compter les nuages incontinents jusqu'à sentir la pluie lui crever la poitrine. Les os de son cou se creusaient. Sa fourchette sternale devenait un calice. Alors elle prenait une posture alanguie ; puisse un inconnu venir faire trembler son îlot sédentaire..Soudain, comme un oignon sorti du rang, un signe à peine perceptible lui apparut. Un dentier béant gisait sur le ciment, sous la boîte aux lettres.

 

 

Luna circus

 

Une boule d'aigreur l'étouffait. Vacuité. Depuis une heure du matin, il fouillait ses archives. Il avait même remis la main sur un vieil essai, "défenseur de la farine de noisette", rédigé lorsqu'il était à la tête de la coopérative de Villeroille.

Incapable de détourner le regard de cette photo, il admirait le pouvoir de concentration du joueur d'échec.

"Bonjour Mme Michelet", ânonait sa femme, plutôt que de lui répondre. Et c'était reparti pour un long discours sur le prix de l'essence.

Il se refaisait le film. Cette partie incroyable, ce silence épais, balayé d'un coup par le parfum écoeurant de la fille qui venait d'entrer. Un flacon ouvragé au titre pimpant, "forêt vierge au soleil couchant" ou quelque chose dans ce genre, venait de se déverser dans la salle. Le public avait délaissé le sort de la reine pour s'engluer dans des débats sur l'origine de cette peau sucrée et de cette bouche en amande.

Par Caperucita in the mood
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Samedi 11 juin 2011 6 11 /06 /Juin /2011 22:11

Au café du coin de la rue.

Celui marron jauni, avec des plantes vertes, Fip, du foot en fond et un flipper.

On y crachait sur les réglages de TNT, la dernière fois. Aujoud'hui c'est réglé. C'est l'heure du téléfilm de l'après-midi.

 

Une femme boit un demi, fébrile. Un visage émacié, encadré de bandeaux bruns d'une autre époque. Ses ongles rongés au bout de mains osseuses et blanc-grises résistent un moment à l'appel des cacahuètes, avant d'y renoncer complètement. Un regard par la vitre, elle décroise les jambes, un regard vers la porte, elle recroise. Vitre, porte, vitre, porte, vitre.

 

Il entre.

 

Son visage s'éclaire. Ses épaules se redressent. Elle passe la main dans ses cheveux. Sous la table, ça croise et décroise toujours.

 

Il prend son temps, souriant. Il ôte son chapeau, lui sourit, ôte son écharpe dans un geste ample, plie soigneusement son pardessus, savourant de se laisser contempler.

 

Assis l'un en face de l'autre à contre-jour, ils se fixent et se sourient. Il a pris ses mains dans les siennes. Ils ne se sont toujours pas parlés.

 

"- Tu es belle.

- Tu trouves?

- Oui."

 

Un long et religieux silence. Le foot s'est arrêté, le comptoir s'est vidé et je ne sais pas encore que la patron observe comme moi, derrière les plantes vertes.

 

Elle s'est mise à jouer pour lui. Ses mains ont quitté leur abri et s'agitent, elles brassent l'air devant ses lèvres qui s'interrompent pour repartir de plus belle :

"il y en a qui ont leur propre regard sur moi, mais il y en a qui me demandent que je leur renvoie leur regard. Il faut que je change de métier. Un truc qui me mette pas en danger... J'ai plein de sujets de films qui me viennent : je pourrais tourner quelque chose sur Madagascar, ou sur un écrivain, ou sur la vision, l'ophtalmologie ou la psychanalyse même... Tu sais je pensais au symbole de la voiture dans le film qu'on a vu ensemble. La voiture est toujours vecteur d'accident, de mort, j'ai remarqué... Aujourd'hui, un artiste a mauvaise conscience s'il ne reflète pas le monde dans lequel il vit, si c'est un artiste de gauche. Montrer sa maison d'enfance, c'est très difficile... J'ai beaucoup apprécié le rapport à la citation, mais il s'est fait avoir dans le démonstratif, il n'est plus dans la matière du cinéma."

 

Il ne la coupe pas, ne cille pas. Il attend qu'elle reprenne son souffle et sa pose. Son regard bienveillant l'encourage à poursuivre.

 

"Vous venez tous de la littérature, que ce soit Godart, Rivette, Rohmer, toi. Le cinéma, ce n'est pas de la photo animée." Il ne dément pas.

 

"Je m'entends bien avec Philippe. Mais ce qui a un peu disparu, c'est le sexe. C'est normal, parce qu'on a besoin d'une grande liberté sexuelle et au début, c'est facile. Maintenant, faut retrouver un certain agencement pour être à la fois proche et loin. Et quand tu as des soucis de représentation de toi-même, c'est difficile. La liberté que j'ai acquise au cours de toutes ces années, et tu fais partie des hommes qui m'ont donné confiance, cette liberté s'est retournée contre moi. J'ai l'impression que je ne peux pas avoir les deux. Si je suis trop libérée sexuellement, on va me rejeter. Catherine Millet, par exemple, a un pouvoir social, elle peut tout se permettre. Quand tu es fragile économiquement et socialement, tu ne peux pas grand chose."

 

Elle a oublié de poser. Elle tremble. Face à lui, elle sait qu'elle ne peut pas mentir. Peu importe le contenu de ses paroles, il la comprend, il la voit telle qu'elle refuse de se voir. Elle n'aime pas parler d'elle, mais chaque fois c'est la même chose. Elle se sent fondre sous son regard attentif, lui qui prête attention à si peu de chose hormis lui-même, combien de fois le lui a-t-elle reproché. Son discours est décousu, pourtant elle savait ce qu'elle voulait lui dire. Mais ça ne vient plus. Elle se sent à la fois vivante, unique, et misérable quand il la regarde ainsi. Elle avait envie de se montrer sereine et enjouée. La voilà une toute petite chose fragile et dépendante de son jugement. Pourtant, ça ne va pas si mal ces temps-ci. Avec Philippe non plus d'ailleurs. Quel besoin d'aller lui raconter tout ça? Pour qu'il la réconforte, c'est ça? Non, elle n'en veut plus de ce rapport-là. Lui non plus, ils en ont parlé tellement de fois. Mais c'est comme les cacahuètes qu'elle vient de terminer, quand on commence...

 

"J'ai des difficultés relationnelles et je sais d'où ça vient. Ca vient de mon rapport à ma mère. Chaque fois que je dois tisser des liens objectifs, je suis en rejet. Je me sens en danger, c'est une angoisse de mouvement. Et quand je suis dans ces situations d'angoisse, je ne trouve plus d'objet auquel me raccrocher. J'ai un problème de rapport à l'objet." Les phrases qu'elle s'était répétées, qu'elle lui avait dites, seule dans sa voiture ou en rêvassant sur le boulevard Barbès lorsqu'elle rentrait du cinéma l'autre soir, tournent à vide. "Avec mes compétences et mon intelligence, j'aurais  pu aller beaucoup plus loin. Mais je vois bien que j'ai un problème. Mon angoisse bloque mon intellect."

 

"Pour travailler sur ça, j'ai besoin d'être rassurée."

 

Ca y est. Elle est à sa merci, il le sait et elle le lui dit. Elle enragera dans une heure, mais là maintenant, elle se sent soulagée. Sa parole est tarie.

 

Au bout d'un long moment :

"Ca va être bien ce film, hein?"  Elle le réitère quatre fois. Ses genoux tricotent. Il a repris ses mains.

 

"- Tu as confiance en moi?

- Oui.

- Je me sens mieux maintenant. Ca va être bien.

- Oui.

- Mine de rien, j'ai fait un, deux, trois, quatre, cinq films. Oui ça va être bien, tu es content? Tu es vachement content de faire ça avec moi, hein? Ca va être bien... Tu crois que ça peut être un beau film?"

Par Caperucita in the mood
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Samedi 11 juin 2011 6 11 /06 /Juin /2011 21:46

Bus 26, le 8 juin 2011

 

Siège de droite, rangée de gauche : une jeune femme au visage ravagé par des brûlures.

Siège de gauche, rangée de droite : une autre femme au visage rajeuni par des sutures.

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Jeudi 19 mai 2011 4 19 /05 /Mai /2011 00:03

Méline d'Houilles (78), 6 ans demain : T'as pas une chaîne de baptême, toi?

Moi : Non.

Elle : Alors tu manges pas de porc?

[...]

Sa mère : Méline, est-ce que tu sais de quelle religion tu es?

Elle : taureau.

Par Caperucita in the mood
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Lundi 16 mai 2011 1 16 /05 /Mai /2011 20:59

Vient du grec "zeugma" qui veut dire "joug".

Il s'agit tout bêtement d'atteler une carpe et un lapin.

Exemple : "Il admirait l'exaltation de son âme et les dentelles de sa jupe", compliment de Flaubert dont on conseille l'utilisation au moment opportun, sans exagération ni broderie, pour faire tomber les dentelles, pas l'exaltation.

 

On peut compliquer la manoeuvre en utilisant une charrue à double sens.

Exemple : "Après avoir sauté sa belle-soeur et le repas de midi, le petit prince reprit ses esprits et une banane". Desproges et Christophe Maé y arrivent (cf wikipedia).

 

Comme l'impression de labourer dans la choucroute, quand je me rends compte que Pierre D., sus-cité, a déjà traité la question (cf dictionnaire superflu à l'usage de l'élite et des bien nantis).

 

Il y a des dimanches matin où l'on déjeûne de zeugmes et Thelonious Monk, d'autres où l'on nous sert des Cannois et DSK nu.

 

Par Caperucita in the mood
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