Vendredi 27 avril 2012
5
27
/04
/Avr
/2012
10:36
"What are you doing?
Encore des r rapeux prononcés par un visage aussi chaleureux qu'une vodka frappée.
- I'm going to see my friends. The French chef...
- What floor?
- Euh, the 4th floor, I think...
- No foreigners at 4th floor.
Et merde, je ne connais ni le code, ni l'étage, ni son nom, ma vessie va exploser et je me fais engueuler en plus.
- ... 5th floor. Go"
Inespéré. Mon sourire le plus gratifiant se heurte au visage carré, qui finit par me laisser passer. Pas le temps de jeter un coup d'oeil affectueux à la plante
verte en plastique agrémentée d'un bidon d'huile de moteur, qui décorent le hall d'entrée. La jolie porte en bois qui en cache une deuxième blindée ne s'ouvre pas. Condamnée
à sautiller dans l'escalier.
"Bonjour, vous est français? Vos amis n'est pas là? Vous voulez manger un borsh avec mon mari? Entrez, entrez. ça c'est mon chat Rocky, ça c'est la voisine qui
vient chaque fois que je cuisine le borsh et ça c'est mon mari Andrei. Vous, allez au salon avec mon mari. Moi, je prépare le dîner."
Et me voilà sur le canapé d'un salon surchargé, près de Rocky qui protège ardemment son pré carré, attendant la fameuse soupe à la betterave.
"Vodka, whisky, beer?" Andreï ne s'est pas déridé, mais nous trinquons devant Mélanchon à la télé.
"Salmon, tu aimes le salmon?" Comment dire non? "Je vais juste goûter au borsh, ne vous dérangez pas pour moi." Marina, surexcitée, va et vient d'une pièce à
l'autre en trois langues : elle est guide touristique en espagnol.
"Mon mari n'aime pas Paris. Il dit : c'est une ville pour femmes."
Mes camarades sonnent au bout de deux bières. Je suis tellement contente de partager ce moment. Re-présentations chat-voisine-mari. Andreï les attaque directement à
la liqueur de prune. Les parts de saumon ont la taille d'un rôti. Marina minaude : "Comment tu trouves le borsh? Mon mari dit : c'est pas assez sal ou c'est pas assez lalala... Il était beau, mon
mari. J'ai cru il était bien de le marier ; maintenant, je sais pas. Quand je l'ai vu, j'ai su : c'est le père de mes enfants. Toutes les femmes dans le magasin le regardaient : grand,
brun, avec des yeux bleus et lalala. Mais moi aussi j'étais très belle."
On sort les albums photo. C'est vrai qu'il a la classe, Andreï. D'ailleurs, où est-il? La prune lui avait délié la langue, mais il a disparu.
Et quel retour! Il a abandonné le petit pull rayé de chef d'entreprise pour arborer virilement un tee-shirt Harley Davidson.
"Oh, Andreï, I WANT THE SAME, beuglai-je sans ironie aucune, je suis fan. Where did you get it?"
Il se tourne pour montrer fièrement les inscriptions au dos : "Daytona 2004", un des plus grands rassemblements de Harleys au monde. Il y en avait partout, c'était
incroyable. Est-ce qu'il emmène Marina? ça va pas, non? A la limite une petite jeunette... La prochaine fois, ce sera à Saint-Tropez.
Marina sert le thé, il continue à verser la liqueur. Elle parle recettes, il discute camping car. Et nous mangeons à tous les rateliers!
Nous nous quittons grands amis. Andreï doit nous emmener à Perterhof demain, s'il fait beau. J'ai grand espoir d'essayer la Harley. Mais Marina sous-titre :
"J'espère demain il pleut, pour mon mari m'emmène à la datcha pour le jardinage."
Il a plu.
Objectif du prochain voyage : se faire inviter dans une datcha de chasseurs!