Dimanche 6 mai 2012 7 06 /05 /Mai /2012 18:44

                                                                             Devant le service de réanimation de l'hôpital Cochin, un homme passe avec un tee-shirt jaune sur lequel on peut lire "BELIEVE IN HAPPY ENDINGS"

 zoo

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Boire à la fin de Sarkozy au Café des banques

(apprendre à un barman parisien à faire une jacqueline)

Par Caperucita in the mood
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Vendredi 27 avril 2012 5 27 /04 /Avr /2012 10:36
"What are you doing?
Encore des r rapeux prononcés par un visage aussi chaleureux qu'une vodka frappée.
- I'm going to see my friends. The French chef...
- What floor?
- Euh, the 4th floor, I think...
- No foreigners at 4th floor.
Et merde, je ne connais ni le code, ni l'étage, ni son nom, ma vessie va exploser et je me fais engueuler en plus.
- ... 5th floor. Go"
Inespéré. Mon sourire le plus gratifiant se heurte au visage carré, qui finit par me laisser passer. Pas le temps de jeter un coup d'oeil affectueux à la plante verte en plastique agrémentée d'un bidon d'huile de moteur, qui décorent le hall d'entrée. La jolie porte en bois qui en cache une deuxième blindée ne s'ouvre pas. Condamnée à sautiller dans l'escalier.
"Bonjour, vous est français? Vos amis n'est pas là? Vous voulez manger un borsh avec mon mari? Entrez, entrez. ça c'est mon chat Rocky, ça c'est la voisine qui vient chaque fois que je cuisine le borsh et ça c'est mon mari Andrei. Vous, allez au salon avec mon mari. Moi, je prépare le dîner."
Et me voilà sur le canapé d'un salon surchargé, près de Rocky qui protège ardemment son pré carré, attendant la fameuse soupe à la betterave.
"Vodka, whisky, beer?" Andreï ne s'est pas déridé, mais nous trinquons devant Mélanchon à la télé.
"Salmon, tu aimes le salmon?" Comment dire non? "Je vais juste goûter au borsh, ne vous dérangez pas pour moi." Marina, surexcitée, va et vient d'une pièce à l'autre en trois langues : elle est guide touristique en espagnol.
"Mon mari n'aime pas Paris. Il dit : c'est une ville pour femmes."

Mes camarades sonnent au bout de deux bières. Je suis tellement contente de partager ce moment. Re-présentations chat-voisine-mari. Andreï les attaque directement à la liqueur de prune. Les parts de saumon ont la taille d'un rôti. Marina minaude : "Comment tu trouves le borsh? Mon mari dit : c'est pas assez sal ou c'est pas assez lalala... Il était beau, mon mari. J'ai cru il était bien de le marier ; maintenant, je sais pas. Quand je l'ai vu, j'ai su  : c'est le père de mes enfants. Toutes les femmes dans le magasin le regardaient : grand, brun, avec des yeux bleus et lalala. Mais moi aussi j'étais très belle."

On sort les albums photo. C'est vrai qu'il a la classe, Andreï. D'ailleurs, où est-il? La prune lui avait délié la langue, mais il a disparu. 
Et quel retour! Il a abandonné le petit pull rayé de chef d'entreprise pour arborer virilement un tee-shirt Harley Davidson. 
"Oh, Andreï, I WANT THE SAME, beuglai-je sans ironie aucune, je suis fan. Where did you get it?"
Il se tourne pour montrer fièrement les inscriptions au dos : "Daytona 2004", un des plus grands rassemblements de Harleys au monde. Il y en avait partout, c'était incroyable. Est-ce qu'il emmène Marina? ça va pas, non? A la limite une petite jeunette... La prochaine fois, ce sera à Saint-Tropez.
Marina sert le thé, il continue à verser la liqueur. Elle parle recettes, il discute camping car. Et nous mangeons à tous les rateliers!

Nous nous quittons grands amis. Andreï doit nous emmener à Perterhof demain, s'il fait beau. J'ai grand espoir d'essayer la Harley. Mais Marina sous-titre : "J'espère demain il pleut, pour mon mari m'emmène à la datcha pour le jardinage."
Il a plu. 
Objectif du prochain voyage : se faire inviter dans une datcha de chasseurs!
 
 
 
Par Caperucita in the mood
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Lundi 23 avril 2012 1 23 /04 /Avr /2012 18:29

 

 

 

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            chez-Marina-et-Andrei.JPGplace Sennaya

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Sa casquette en tweed et sa cravate en crochet viennent de Paris. Il fait des études de sciences économiques, part pour une conférence à New York le lendemain, en prépare une autre pour son plaisir sur le cinéma d'animation, et aime bien Baudelaire. Nous partageons un thé à Moo-Moo, celui de l'Arbat, sous deux veaux d'or. Dehors, des lycéens offrent des free hugs. Qui a dit que le Russe avait un abord de mufle mal léché?

 

Partager une glace avec deux Usbeks sur un muret, Moscou à nos pieds.

 

Evoquer la rue Jean-Pierre Timbaud avec un Poitevin socialiste devenu DRH de Parcequejelevauxbien, dans une ancienne usine de chocolat, où l'on peut désormais déguster des borshs sous des tableaux lumineux. Faire avec lui un demi-tour sur le périph, normal tout le monde le fait ici.

 

Parler du projet de loi contre "la promotion de la sodomie" dans l'unique bar gay-friendly de Moscou.

 

Prendre le train de nuit de Moscou à Saint-Pétersbourg. Viera est déjà là, dans notre petit compartiment de quatre couchettes. Blonde péroxydée et ventrue, la sexagénaire offre un visage de madone. "Me, twenty years before, beautiful". Elle ne tarit pas, dans un anglais petit-nègre rugueusement russe : "My girl : study english, long long. After, discotheca, look boys. Because study english long long [mime une poignée de main] diplomat. Now Lisbon and [mime un gros ventre]. One children : not good because... Lisbon. Two children : good." Après que deux jeunes femmes nous prient de laisser notre lit à un enfant pour lequel elles n'ont pas payé de billet, Viera reprend en les désignant : "Georgian people not good. " et nous fait le sketch de son agression sexuelle dans un train (elle était beautiful à l'époque), avec un grand sourire.

C'est alors qu'entre Olga, mère de famille pétersbougeoise, travaillant sur un yacht-club. Viera lui traduit tout ce qu'elle a compris sur nous. Taille de guêpe et jambe leste, Olga monte beaucoup plus élégamment que moi sur le lit superposé d'en face. Au réveil, après le blini et le thé, elle et son fils Sergueï nous mènent généreusement à notre hôtel. Sergueï se conduit en Russe, tel qu'on commence à les connaître : bourru, il refuse de nous aider à porter nos bagages comme le lui demande gentiment sa mère, mais se laisse dérider au bout de vingt-cinq minutes de marche rapide contre un vent glacial. Tant et si bien qu'il aimerait nous faire visiter toute la ville. Nous avons le plus grand mal à lui faire comprendre que nous nous débrouillerons sans lui. Un petit dessin sur la serviette en papier du café Singer sera salutaire.

 

Des anecdotes croustillantes sur l'arrière-cuisine d'un grand restaurant ayant pignon sur la perspective Nevski : un coup de tête assené à un garde du corps par un ex-dirigeant du KGB, comme ça, pour calmer ses nerfs, un aller-retour en avion privé pour aller serrer la paluche à Poutine, des commis qui ne valent pas un kopek mais n'en gagnent pas non plus. "Pacho naruya blet", à utiliser avec modération, car ça n'est pas une insulte de pédé.

 

La comptine cristalline de la glace qui vient écailler la Pointe Vasilevsky.

 

Des frissons au Théâtre Mariinsky. Le ballet "Don Quichotte" de Minkus s'ouvrira dans trois minutes et nous n'avons pas de place. Un maigre bossu à lunettes qui a des airs verdâtres de croquemort nous fait un signe pressant. Nous acquiesçons ; ils nous fait sortir en trottinant et nous réintroduit dans la salle mythique par une petite entrée latérale. J'insiste pour obtenir un prix mais les yeux vitreux, les épaules voutées et les mains fébriles me prient de me taire. Nos manteaux jetés sur les cintres d'un vestiaire annexe, nous suivons à nouveau les petits pas qui nous font asseoir dans la première baignoire près de la scène, devant les robes du soir ajourées. L'homme disparaît dans un effet de manche, après m'avoir chuchoté "two hundred".

Deux cents quoi? euros? ou deux mille roubles? Nous attendra-t-il seul? Fera-t-il noir? Je me vois déjà chariée par la Neva, gâchant d'un gros ploc mollasse la chanson des glaçons contre le pont. Au premier entracte, je propose de battre en retraite, mais où sont les manteaux ? Et notre dealer d'opérette?

Au deuxième entracte, il réapparaît au détour d'un rideau. "Five minute private". Je le suis, seule, dans le hall. "Talk my friend english". Il me tend son téléphone : "Hello young lady, how are you tonight?" De ma voix la plus grave, je le coupe : "How much?". "3750" répond-il tranquillement. Mon tableau de conversion vaguement en tête, je juge que ce n'est pas trop mal, mais que ma lignée de vendeurs de moutons acariâtre serait fière de moi si j'exigeais moins. Concentration, poker face : "Your friend told me 1000 for both tickets". La voix doucereuse a mué : "Give me Sergueï back".

Nous nous en tirons à 3000 roubles pour deux, autant dire une misère pour les places parfaites dont nous avons bénéficiées sans rien demander. Le dernier acte s'en trouve auréolé de grâce, tandis que je macère dans ma polaire bleu canard au milieu des entrelacs dorés et soyeux.

 


Par Caperucita in the mood
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Lundi 23 avril 2012 1 23 /04 /Avr /2012 00:31

 

" Haineux et dociles, violés, volés, étripés et couillons toujours, ils [nos pères] nous valaient bien ! Tu peux le dire ! Nous ne changeons pas ! Ni de chaussettes, ni de maîtres, ni d'opinions, ou bien si tard, que ça n'en vaut plus la peine. On est nés fidèles, on en crève nous autres ! Soldats gratuits, héros pour tout le monde et singes parlants, mots qui souffrent, on est nous les mignons du Roi Misère. C'est lui qui nous possède ! Quand on est pas sages, il serre... On a ses doigts autour du cou, toujours, ça gêne pour parler, faut faire bien attention si on tient à pouvoir manger... Pour des riens, il vous étrangle... C'est pas une vie..."
                                                                                                        Céline, Voyage au bout de la nuit, 1932.
Par Caperucita in the mood
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Lundi 9 avril 2012 1 09 /04 /Avr /2012 12:24

Un des petits plaisirs rituels des dimanches en famille, c'est de lire le Femina, supplément féminin gratuit de Sud-Ouest, dans la latence entre l'achat du pain et le Repas. Du coup de coeur cinéma au courrier des lecteurs, c'est un vrai régal :

Franck est extrêmement complexé par la perspective de devenir chauve et son début de calvitie le plonge dans une profonde dépression. La simple vue d'un homme plus jeune que lui arborant une chevelure abondante et soyeuse lui provoque des aigreurs. Le psychologue lui répond "Cher Franck, vous pouvez vous attaquer au problème sur deux fronts"...

On apprend ensuite que tout régime est voué à l'échec car les kilos sont affectifs : d'abord il y a les kilos de l'enfance, parce qu'on vous a frustré ou on vous a récompensé en bonbons ; puis viennent les kilos de l'amour, soit vous grossissez en tombant amoureuse car la nourriture c'est le partage, soit vous grossissez quand on vous délaisse pour combler un manque ou vous punir ; enfin, les kilos du travail, car manger c'est s'offrir une pause légitime, et puis sans doute parce que votre patron est méchant, qu'il ne vous récompense pas en bonbons et qu'il vous a larguée salement pour la nouvelle stagiaire.

Il reste une minute pour lire l'horoscope, avant de passer à table, avec une pensée pour la buraliste : "Moi, je les lis tous. ça me fait bien rire. Mais je les lis quand même, et puis quand j'oublie, je lis celui de la veille". Alors que moi, je ne lis que celui de Femina, et parfois (uniquement quand j'ai pris des kilos à l'idée qu'il faudrait bientôt me résoudre à des rendez-vous avec des hommes à calvitie) celui de 20 minutes, parce qu'il faut bien trouver une compensation parisienne. Les taureaux sont élus signe de la semaine : je peux aller me gaver tranquillement.

 

Après les asperges mousseline, l'agneau pascal, l'accord mets-et-vins suggéré par Cuisine et vins de France, le fromage, le café et son chocolat, la sortie culturelle s'impose pour ne pas sombrer. On se décide pour le musée Balanciaga, qui vient d'ouvrir à Getaria, petit port de pêche de la côte basque espagnole. On prend plaisir à se dire que le grand couturier devait un peu sentir le thon. On retiendra qu'il révolutionna la mode avec l'invention des robes-sac et sa collection "tonneaux". Le ténébreux Cristobal était à l'écoute du corps des femmes pour permettre leur épanouissement.

balanciaga.png

Hommage de Pâques à une création d'une actualité étonnante, non?

Par Caperucita in the mood
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