Partager l'article ! Le jour où elle a su que X était un PN: Tango : "endroit où le négrier parquait les esclaves avant l'embarquement". Danse d'improvisation,&nb ...
Tango : "endroit où le négrier parquait les esclaves avant l'embarquement". Danse d'improvisation, où les deux partenaires marchent ensemble vers une direction impromptue à chaque instant. Un partenaire (traditionnellement l'homme) guide l'autre, qui suit en laissant aller naturellement son poids dans la marche, sans chercher à deviner les pas.
Depuis le couloir glacial, j'entends une discussion téléphonique animée, un ton définitif que je ne connais pas.
"Tout le temps. Tu ne te rends pas compte à quel point ça peut blesser. Toi aussi, tu lui faisais des remarques sur son physique? En rigolant, bien sûr? Et tu lui disais qu'elle n'avait pas d'humour! Est-ce que tu la reprenais sur ses mots, son vocabulaire? Rabaisser l'autre pour se valoriser, c'est exactement ça... Mais oui, il me reprend sans arrêt sur ma façon de m'habiller, sur le fait que je parle trop fort, de façon trop vulgaire, sur mes origines populaires..."
Elle fait les cents pas du canapé au radiateur, survoltée. Cela fait des semaines qu'elle essaie de comprendre, de formuler pour s'en débarrasser. Aujourd'hui, presque par hasard, elle a tapé sur internet deux mots qui lui étaient venus quand elle était un peu ivre. De biens grands mots qui font doucement sourire, lever les yeux au ciel sans doute, penser à un petit chef qui malmène la secrétaire qu'il ne peut pas se faire, encore une recette de féministe en mal de revendication ou un gros titre de Psychologie magazine.
Là, c'est le déballage. Des témoignages à la pelle font écho :
"Il me disait régulièrement qu'il ne m'aimait pas, qu'il ne m'aimerait jamais."
"Il me reproche d'être drôle avec les autres, mais pas avec lui."
"Il m'appelle la grosse." "Dans la rue, il me montre les filles qu'il trouve bonnes, baisables." "Il trouve toutes mes amies moches. Il pense que cela me rassure de rester avec elles."
"Il me connaît mieux que personne. Il annonce mes paroles et mes gestes, ou les commente après-coup d'un "j'en étais sûr"."
"Il lève les yeux au ciel dès que j'ouvre la bouche, ou échange des petits sourires condescendants avec les gens qui sont là." "Il me reproche de ne pas prendre d'initiatives mais quand je lui propose quelque chose, ce n'est jamais le moment : Le restaurant? il n'a pas faim. Ce bar? il y est allé hier. Une expo? il n'a pas d'argent. Un ciné? Il préfère les dvd. Un dvd? ah non, il avait compris un autre titre, il est tellement déçu..."
"Il m'appelle "ma pauvre amie"."
"Il raconte un bon moment qu'on a vécu ensemble et ajoute "je ne sais plus avec qui j'étais".
"Il me rejette sexuellement. Il a toujours une bonne excuse : il est fatigué, il a trop bu...""Il me ment, à propos de son emploi du temps, des gens qu'il voit, tout en faisant en sorte que j'aie des soupçons."
"Il répète que je suis méchante." "Tout est ma faute, il m'avait bien prévenue de ne pas tomber amoureuse de lui!"
"Ses mots me font l'effet de coups de poignards." "Je me sentais transparente." 'J'avais l'impression d'être une enveloppe vide, avec des bris de verres dans le ventre." "J'ai commencé à avoir des maux de têtes." "J'avais des vertiges inexplicables : ma tête se mettait à tourner, j'avais la nausée et puis je m'effondrais." "Je ressens une fatigue terrible, je n'arrive plus à me concentrer sur rien."
Un livre orange de Marie-France Hirigoyen est corné toutes les trois pages. Une basque, me dis-je. Je l'ouvre : "chaque mot, chaque intonation, chaque allusion ont de l'importance. Tous les détails pris séparément, paraissent anodins, mais leur ensemble crée un processus destructeur."
"La rencontre avec un pervers narcissique peut être vécue dans un premier temps comme un stimulant pour sortir de la morosité mélancolique. [...] Cela commence comme un jeu, une joute intellectuelle. Il y a là un défi à relever : être ou ne pas être accepté comme partenaire par un personnage aussi exigeant."
"La victime idéale est une personne consciencieuse ayant une propension naturelle à se culpabiliser." "Une personne généralement intelligente et pleine de vie". "C'est un objet interchangeable qui était là au mauvais moment et qui a eu le tort de se laisser séduire - et parfois celui d'être trop lucide."
"Les principales caractéristiques de ces personnalités narcissiques sont un sentiment de grandeur, un égocentrisme extrême, une absence totale d'empathie pour les autres, bien qu'ils soient avides d'obtenir admiration et approbation. Leurs propres sentiments connaissent de rapides flambées suivies de dispersion. Comme le Narcisse d'Ovide, ils doivent se construire en jeu de miroirs pour se donner l'illusion d'exister."
"La prise de pouvoir se fait par la parole. Donner l'impression de savoir mieux, de détenir une vérité, "la" vérité.Le discours du pervers est un discours totalisant qui énonce des propositions qui paraissent universellement vraies."
"La relation à l'autre se place dans le registre de la dépendance, attribuée à la victime, mais imposée par le pervers." "Souffler le chaud et le froid". "Manier la carotte et le bâton". "Semer la confusion."
Il ne lui plaisait pas tant que ça mais le temps était morose et puisqu'une occasion se présentait, pourquoi pas? Sans se prendre la tête, bien sûr. Mais très vite, elle s'était rendue compte que tout serait compliqué. Tant pis. Elle cherchait une expérience nouvelle. Elle en avait assez de dominer. Elle voulait souffrir pour une fois, pour savoir ce que ça fait. Alors elle s'est entêtée. Elle a voulu le changer un peu, le sauver peut-être. C'est elle qui changeait et ne pouvait se sauver. Elle maigrissait, s'habillait mieux, se poliçait, pâlissait, luttait, se fatiguait, faisait le point, réessayait, lui expliquait, mettait son manteau pour claquer la porte et restait là, prenait des résolutions qu'elle ne tenait pas, changeait la donne sans connaître les règles du jeu, renonçait, laissait passer, se justifiait, ne répliquait plus, perdait sa verve et son enthousiasme, son irrévérence et ses "bonnes idées", vacillait, tomba sur ces deux mots : harcèlement moral.
Le dernier chapitre, "conséquences et prise en charge", n'est pas surligné, ni corné.